« Il faut me chercher tel que je suis dans ce que j’écris » A. de St Exupery
Quand on vit depuis longtemps dans un lieu, on acquiert la capacité de s’émerveiller de tous les événements inexpliqués et apparemment magiques qui s’y produisent. Enfant, dans les turbulences de la vie, une vigilance superficielle me suffisait pour gérer le fratras des changements et des expériences qui défilaient. Je n’avais pas de temps pour méditer sur la succession rapide des gens et des habitations. Cela me paraissait normal.
A mesure que j’ai vieilli et engrangé des souvenirs, je suis devenu plus sensible à la disparition des gens et des repères géographiques. Ce qui me perturbait le plus, c’était la destruction impitoyable des maisons. J’avais le sentiment que, quelque part, elles avaient une âme. Je sais maintenant que ces structures, incrustées de rires et tachées de larmes, sont plus que des édifices sans vie. Il n’est pas possible qu’ayant fait partie de la vie, elles n’aient pas, d’une façon ou d’une autre, absorbé les radiations émises par l’interaction humaine. Et je me demande ce qu’il reste quand une maison est abattue.
Pendant toute ma vie, sa maisons’est tenue à la frontière du monde extérieur. C’était une balise dont les murs ont résisté aux pluies de larmes et aux salves d’éclats de rire. Avec le temps, des drames invisibles se sont accumulés en cercle à ses pieds.
Hier, la maison a été démolie ne laissant derrière elle qu’une hideuse excavation et des résidus de souvenirs.
(Texte largement inspiré de l’introduction à la trilogie « New York » de Will Eisner )