« Il faut me chercher tel que je suis dans ce que j’écris » A. de St Exupery
A quoi pensez-vous Jean Le Cam, ce soir, sous votre coque ?
Essayez-vous d’imaginer l’extérieur, ces bateaux impuissants autour de vous, ces vagues, cette maudite quille défectueuse ?
Vous demandez-vous pourquoi vous êtes là, dans ce Pacifique si peu pacifique ?
Savez-vous que l’origine latine du mot passion est « patior » ? Patior : souffrir. Souffrir pour une passion : étrange, non ?
Pensez-vous qu’il y a une lune, ce soir, au-dessus de VM Matériaux ? Ou au moins une bonne étoile ?
Pensez-vous à votre femme et à vos enfants, Jean Le Cam ? Avez-vous honte de les inquiéter ou êtes-vous fier d’être son mari, fier d’être leur père (eux le sont, je pense) ?
Trouvez-vous un peu de réconfort à voir leur image ou songez-vous seulement à vivre ?
Vous souvenez-vous de leurs éclats de rire ?
Pensez-vous à Dinelli, à Gerry Rouf ?
A Alain Colas, à Tabarly ?
Pensez-vous à votre copain Yann Eliès, tiré d’affaire, lui ? L’enviez-vous ?
Pensez-vous à Roland et Michel qui se dorent la pilule dans l’Atlantique ?
Connaissez-vous ces 2 alpinistes Vincendon et Henry ? Et Joe Simpson ? Vous aussi, vous pendez au bout d’un fil fragile, Jean.
Quel dieu priez-vous si près de l’enfer du Horn ? Quel dieu prier là-bas ?
Pensez-vous à la mort, Jean Le Cam ? Non, c’est impossible. Ce serait déjà faiblir.
Avez-vous peur de ces eaux noires et froides, de cette nuit dont vous ne voyez rien ?
Pensez-vous à votre dernière vacation radio ? Celle d’hier ? Celle où vous disiez être content de sortir des 50ème ?
A quoi ressemble le cri de Vincent Riou, Jean, quand il vous demande un signe de vie ?
Quel bruit fait le premier avion qui vous survole après le naufrage ?
A quoi pensez-vous Jean Le Cam ce soir ? Dites nous… ou revenez pour nous dire.
Moi, je pense à vous. Je sais juste que chez vous il fait froid et qu’il fait noir.
Je sais que demain… enfin j’espère.