« Il faut me chercher tel que je suis dans ce que j’écris » A. de St Exupery
Vous voilà arrivé Monsieur Desjoyeaux ! La terre ferme des Sables… d’Olonne ! Enfin ou déjà…
Votre nom vient de s’inscrire à jamais au palmarès du « Vendée Globe », ce tour du monde en solitaire. Probablement la plus belle course au monde. Les flashs crépitent. La famille est là, quelque part sur ce quai noir de monde. L’esprit, lui, est toujours en mer, perdu au sud des 40es rugissants.
Mais ce palmarès n’a finalement que peu d’importance. J’aime à me rappeler cette phrase de Kipling : « Quand vient l’heure du bilan, quand on est amené à parler de toi, l’important n’est pas de dire si tu as gagné ou perdu mais de dire comment tu as joué ».
Et ce sont bien les sacrifices que vous avez faits avant le départ et ces instants vécus seuls en mer qui importent.
Rien d’autre.
Surtout pas la gloire. Surtout pas les flashs. Surtout pas les palmarès.
84 jours en mer (en océan devrait-on dire).
4 ans de travail et d’attentions pour atteindre cet objectif.
Une vie de navigation.
Bien sûr, ce n’est pas l’aboutissement de cette vie mais l’engagement nécessaire à l’atteinte de ce but en fait forcément une étape unique.
Des moments rares et précieux que la mer, comme la montagne, nous apprend à savourer avec simplicité et humilité.
Nous, notre navigation dura 39 semaines. 9 mois et quelques jours. Un aboutissement aussi. De tant d’années. De tant d’attentions. L’aboutissement d’une vie ?
Peut-être.
Pas tout à fait quand même car il reste tant à construire. Tant à vivre.
Nous, comme vous, avons connu des caps, des « Horn » ou des « Bonne-Espérance ». Des joies simples… et des moments de doute.
Osiez-vous imaginer cette arrivée victorieuse ? Moi, non, je ne me le suis jamais autorisé. Pas une fois pendant toutes ces années. Jamais, je ne me suis permis d’imaginer ces instants que je vis en écrivant ces lignes. Superstition ? Humilité ? Remède anti-déception ? Allez savoir.
Nous, comme vous, avons lu, un peu, juste pour occuper l’esprit, des livres pourtant passionnants. Nous avons rêvé, au cours des nuits mouvementées, de notre objectif. Envisagé le pire, reçu le soutien de nos proches.
Et puis, vers mi-janvier, les alizés ont gonflé vos voiles… et les notres !!! Rien ne pouvait plus nous enlever la victoire.
Rien, Monsieur Desjoyeaux, ne sera plus jamais comme en ce mois de novembre 2008 où vous preniez le départ. Ni pour vous, ni pour nous.
Tout cela nous rapproche un peu. Reste une différence : vous êtes parti seul et arrivé seul… nous, nous sommes partis à deux et arrivés à trois.