« Il faut me chercher tel que je suis dans ce que j’écris » A. de St Exupery
Les jours où même l'inspiration est en grève (elle qui sait pourtant qu'elle n'aura pas sa retraite à 62 ans), il faut savoir profiter des mots d'un Autre.
« Des nuées s’étiraient aux flancs des monts, dénouant de confuses amarres. Puis, elles se détachèrent des rives, commencèrent de nager sans hâte dans le vaste aquarium des vallées, tandis qu’au firmament s’ouvraient, en un crescendo irrésistible des violons et des cuivres, les portes royales du jour.
Soudain, coup de cymbales frappé au plus haut point mélodique, une flèche incandescente jaillit de l’horizon sonore. Touchée, une cime grésilla, s’enflamma d’un coup comme une torche. Des coulées d’or rutilant crevèrent les ombres, tendirent en plein zénith l’arc resplendissant des neiges. Par myriades, les pierreries du gel scintillèrent.
C’était le début de tout, la première, la pure, l’enthousiasmante aurore du monde. Hier n’avait jamais été. Les pourpres fragiles des métamorphoses colorèrent les granits. »
Texte : Samivel (L'amateur d'abîmes)
Photo : Nic (massif du Mont Blanc)