« Il faut me chercher tel que je suis dans ce que j’écris » A. de St Exupery

« Je ne pense pas qu'il soit tellement important d'atteindre le sommet. On peut toujours recommencer... Ce dont on se souvient après, c'est d'avantage ce qui s'est passé en chemin que le moment où l'on a foulé le sommet. Le meilleur de tout, c'est de savoir que l'on a confiance en quelqu'un et qu'il a confiance en vous. ». (Mo Anthoine)
L’escalade a cette particularité (qu’elle partage avec l’amour) de nous encorder à l’autre (et d’imposer la confiance comme prérequis).
En ce qui me concerne, je vous avoue bien volontiers que j’apprécie grandement que cet « autre » ne soit pas « n’importe qui ». Je pense même pouvoir compter sur les doigts de mes deux mains les personnes qui ont eu le « privilège » de m’assurer.
J’assume l’emploi du terme « privilège » qui peut vous paraître très présomptueux.
Pourquoi ?
Etrangement, autant je peux être une personne relativement agréable à assurer… autant l’inverse n’est pas toujours vrai tant mon esprit rêveur peine à se concentrer plus de 5 minutes sur les trop lentes progressions de mes camarades de cordée.
A ce titre, il vaut donc mieux m’assurer qu’être assuré par moi. Mais nul n’est parfait et que celui qui n’a jamais rêvassé aux pieds des voies me jette la première pierre (merci de choisir un calcaire de qualité, je serai exigeant sur ce point-là).
Il faut bien avouer que les tentations aux pieds des voies sont nombreuses. En premier lieu, il y a cette gourde d’eau fraîche, là-bas, près du sac à dos qui vous appelle à franchir les 2 mètres qui vous séparent d’elle… ce lézard devant vous qui semble vouloir vous dévoiler le secret de l’adhérence en milieu vertical… ce topo dont les pages qui volent au vent égrainent les futures ascensions… ce rapace qui doit être une buse, ou peut-être un milan à bien y regarder, quoique… et bien d’autres types de tentations que je me dois de taire (mes parents et ma femme vont lire ces lignes !).
Mais au final, le meilleur de tout est bien cette confiance. Réciproque et totale. Comment pourrait-il en être autrement quand la vie ne tient qu’à un fil de 9 mm de diamètre ?
On a trop peu souvent l’occasion de rendre hommage à ses compagnons de cordée, à ces quelques personnes à qui on confie notre vie pendant les minutes d’une voie ou les heures d’une ascension. Que ces mots soient cet inutile remerciement.