« Il faut me chercher tel que je suis dans ce que j’écris » A. de St Exupery

« Ainsi toute la journée, je suis dans un jardin où je m’occupe d’arbres et de fleurs, où je reste silencieux de bien des façons, pris par quelque pensée de passage, une chanson, la pause d’un nuage qui enlève au dos soleil et poids.
Je m’en vais dans le champ avec un jeune pommier à planter.
Je le pose par terre, je le tourne, je regarde ses branches à peine ébauchées prendre leur place dans l’espace qui les entoure.
Un arbre a besoin de deux choses : de substance sous terre et de beauté extérieure. Ce sont des créatures concrètes mais poussées par une force élégante. La beauté qui leur est nécessaire c’est du vent, de la lumière, des grillons, des fourmis et une visée d’étoiles vers lesquelles pointer la formule des branches.
Le moteur qui pousse la lymphe vers le haut dans les arbres, c’est la beauté, car seule la beauté dans la nature s’oppose à la gravité.
Sans beauté l’arbre ne veut pas. C’est pourquoi je m’arrête à un endroit du champ et je lui demande : « Ici, tu veux ? ». »
Texte : Erri De Luca* – Trois chevaux – Edition Folio
Photo : R (contreforts du Parmelan - Haute Savoie)
(Pour en savoir plus sur Erri De Luca : http://errideluca.free.fr/ link)